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 Robert Melançon

 

PROMENADE AVEC UNE OMBRE


Longer un terrain vague,
Marcher sous un viaduc,
Esquiver des camions,
Regarder la structure
Si légère, si aérée,
D’une tour de transmission,
Déchiffrer des graffitis:
Cette ville offre des plaisirs
Singuliers au promeneur.

Plus tard, en traversant
Le parc tout enluminé
De feuilles, on salue
L’ombre allongée dont
On ne se sépare pas.
Ce double sombre fait,
Perpétuelle, obstinée,
Une prophétie muette
En forme de parodie.

Qu’est-on soi-même de plus
Qu’une ombre? Mais de quel corps?
Jetée par quel soleil? Plus loin
On s’arrête pour admirer
Un arrangement aussi beau
Que le cosmos, dit Héraclite:
La corne d’abondance
Des ordures que laisse
Déborder une poubelle.

Là-bas, dans l’étendue d’herbe,
Un chien poursuit une balle
Et la rapporte à un homme
Qui la relance aussitôt.
Des nuages glissent sur
Les capots, les pare-brise.
Le soleil jette sur tout,
Indifféremment, des nappes
De lumière tranquille.


—from Le Dessinateur, Éditions du Noroît, 2001