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Antoine P Boisclair


Poème de l’arrière-cour

     C’est l’été. Les pensées sont des jeux d’ombres
     sous le feuillage qui tangue
     comme une chaloupe amarrée dans la lumière.

     L’air accueille des vagues lentes et bleues.
     L’après-midi, impérial en son silence,
     immobilise ses navires.
                                      Détachée du corps
     un bref instant avant la sieste,
     la conscience est une samare qui tourne
     sur elle-même et tombe à travers le vide.

     Un goéland monte et descend
     dans la mer des tranquillités.
     Le feuilleté du sens, son chuchotis doux à l’oreille,

     émerge des pages du livre ouvert
     entre le monde et la fiction du monde.

    Si la longueur d’une vie, comme l’écrit un poète chinois,
     correspond au rêve d’un brin d’herbe,
     les pelouses sont des lits où dormir en paix.

    La réalité flotte comme un pollen de pissenlit
     lors d’un bref instant qui dure tout l’été.

    Elle flotte entre veille et sommeil
     tandis que le feuillage prolonge les images du livre

    jusqu’aux dernières branches suspendues
    dans la lumière profuse.
                                      Elle flotte
     sans raison sinon le désir de flotter,
     sans preuve dans sa présence en suspens.


—unpublished